Le calcul des coûts est trop subjectif ? Tant mieux !

Afin d’orienter au mieux la stratégie de leur entreprise, les dirigeants ont besoin d’une approximation du coût la plus réaliste possible. La comptabilité analytique, appelée plus communément comptabilité de gestion, est en effet indispensable à la prise de décisions importantes telles que fixer un prix de vente, gérer un portefeuille de produits ou encore lancer un nouveau produit sur le marché. Il existe différentes méthodes de calcul des coûts qui présentent toutes des avantages et quelques limites. En particulier, le calcul des coûts nécessite une certaine anticipation des coûts et des besoins, créant de fait une estimation subjective. En 2007, Labro et Vanhoucke étudient ce phénomène en mettant en exergue le fait selon lequel le niveau d’un coût est estimé selon des interactions complexes entre différentes sources d’erreurs. Leurs travaux indiquent donc une profonde notion de subjectivité dans le calcul des coûts.

Comment les dirigeants d’entreprise peuvent-ils utiliser la subjectivité du calcul des coûts à bon escient ?

Les différentes méthodes de calcul des coûts et leurs limites

Il existe plusieurs méthodes de calcul des coûts qui présentent toutes des avantages mais également certaines limites :

  • Le calcul des coûts complets : cette méthode a pour principal avantage d’intégrer toutes les charges (directes et indirectes) au calcul des coûts. Elle permet également de calculer les coûts à chaque stade d’élaboration du produit. En revanche, le résultat obtenu dépend en grande partie du découpage d’activités établi par le contrôleur de gestion ou le comptable ;
  • La méthode ABC ou Activity Based Costing est un dérivé de la méthode de calcul des coûts complets évoquée ci-avant. Cette méthode s’avère particulièrement pertinente pour les activités dans lesquelles les coûts indirects sont importants. En effet, la méthode ABC fonctionne par découpage d’activités, ce qui permet de mieux comprendre les coûts directs et indirects inhérents à chaque produit. Néanmoins, la mise en oeuvre de cette méthode nécessite généralement la mobilisation du personnel ainsi que l’intervention de personnes externes à l’entreprise ;
  • Le calcul des coûts variables ou direct costing : comme son nom l’indique, cette méthode n’incorpore à son calcul que les coûts variables (charges directes et indirectes). Ces coûts sont donc calculés de manière fiable et précise. Par ailleurs, les coûts unitaires ne sont pas affectés par la variation du niveau d’activité de l’entreprise. Mais il convient de noter que fixer un prix de vente sur la seule base des coûts variables n’est pas toujours pertinent ;
  • Le calcul du coût marginal : calculer le coût marginal revient à calculer le coût du dernier article produit. La méthode de calcul du coût marginal permet d’optimiser le niveau d’activité industrielle et commerciale. Ici, la fixation du prix de vente dépendra donc du niveau d’activité que les dirigeants devront estimer ;
  • Le calcul du coût d’imputation rationnelle : cette méthode a pour visée de connaître les répercussions du niveau d’activité sur les coûts. Le calcul du coût d’imputation rationnelle considère les charges fixes comme des charges variables. Cette méthode met donc en exergue des niveaux de sous-activité ou de sur-activité de l’entreprise et peut également servir de base quant à la fixation du prix de vente d’un produit. En revanche, le calcul du coût d’imputation rationnelle repose entièrement sur la détermination du niveau d’activité normal de l’entreprise, qui est une notion plutôt délicate ;
  • Le calcul des coûts directs : cette méthode prend uniquement en compte les charges directes et neutralisent les charges indirectes. Cela a pour principal avantage de simplifier le calcul des coûts et d’aider rapidement les dirigeants à la prise de décision. Cependant, il faut noter que les stocks sont souvent sous-évalués dans cette méthode ;
  • Le calcul des coûts spécifiques : cette méthode retient deux types de charges, les charges fixes et les charges variables. Le calcul des coûts spécifiques est généralement utile pour décider d’abandonner ou non un produit. Toutefois, la distinction entre charges fixes et charges variables paraît souvent sommaire, surtout dans les entreprises industrielle qui ont des modes de production diversifiés ;
  • Le calcul des coûts cibles : plus communément appelée target costing, cette méthode a pour principal avantage d’identifier le coût de production d’un produit donné qui, une fois vendu, dégagera la marge de profit désiré. Il s’agit donc d’une méthode stratégique pour optimiser le profit. En revanche, le target costing nécessite la mobilisation de tout le personnel de l’entreprise et ne s’adapte pas à tous les secteurs d’activité ;
  • Le calcul des coûts préétablis : cette méthode est rapide et permet donc d’établir des devis préalables pour les clients. Il convient néanmoins de noter qu’elle exige une certaine rigueur organisationnelle dans l’entreprise. Afin d’être efficace, la méthode de calcul des coûts préétablis doit être présentée par les managers comme un levier de performance pour l’entreprise afin de ne pas nuire à la motivation des employés.

Plus généralement, toute méthode de calcul des coûts présente des avantages et des limites. En revanche, tout calcul des coûts implique nécessairement des prises de décisions arbitraires (quant au découpage d’activités par exemple).

Mettre à profit la subjectivité dans le calcul des coûts

Comme vu précédemment, tout calcul des coûts implique de la subjectivité, et ce peu importe la méthode choisie. Loin d’être un inconvénient, la subjectivité dans le calcul des coûts se révèle même être un atout pour les dirigeants d’entreprise.

Par exemple, la méthode des coûts complets implique bien souvent des choix d’imputations subjectifs, comme nous l’avons évoqué ci-avant. Toutefois, même si ces chiffres sont mécaniquement surestimés, ils permettent à l’entreprise de repousser ses limites et d’atteindre des meilleurs niveaux de performance. Telle est la conclusion des travaux menés par Merchant et Shiels qui remarquent qu’un calcul des coûts évalué à la hausse pousse naturellement l’entreprise à améliorer sa performance.

Il en est de même pour la méthode de calcul ABC qui se base sur un découpage d’activités de l’entreprise. Là encore, le découpage est décidé par les dirigeants et est donc nécessairement subjectif. Mais loin d’être un inconvénient, cela permet de focaliser les employés sur les zones de performances jugées critiques afin de les améliorer.

Par ailleurs, la méthode des coûts spécifiques peut être utilisée par les dirigeants pour fixer un objectif de marge sur un coût spécifique à chaque produit ou activité de l’entreprise. Ainsi, nous remarquons une nouvelle fois que la subjectivité du calcul des coûts permet d’optimiser les performances de l’entreprise.

En somme, la subjectivité dans le calcul des coûts est inéluctable. Toutefois, elle n’est nullement un inconvénient et peut même devenir un atout pour l’entreprise qui peut l’utiliser à bon escient afin d’améliorer ses performances.

Amandine PEYRE

  • Prévisions financières et entrepreneuriat Amandine PEYRE

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