Comment manager une intelligence collective ?

“On n’est intelligent qu’à plusieurs.” Albert EINSTEIN

Dans le meilleur des mondes, on se passerait de hiérarchie et les managers n’auraient plus de subordonnés. L’entreprise libérée - concept théorisé par Isaac Getz - prône un management horizontal et vise le bien-être et la responsabilité de tous en assurant à chacun de prendre part aux décisions. Tout avis compte pour une voix et les décisions n’ont pas besoin d’être validées par un comité de direction. Cela implique la transparence de l’information et des règles communes à tous. Il ne s’agit donc pas d’une anarchie, mais d’une démocratie directe et simplifiée où la subordination et le contrôle sont remplacés par la confiance.

Ce système s’appuie sur l’intelligence collective, et permet de s’affranchir des contraintes de temps, de lieu et de stress au travail. Les collaborateurs décident eux-mêmes de leur planning, ils peuvent opter le travail à distance, et la relation égalitaire avec leur manager leur offre une plus grande autonomie, vecteur de performance. L'organisation devient évolutive. Lorsque des problèmes surgissent, les collaborateurs sont invités à proposer de nouveaux rôles. Réactivité, efficacité, souplesse : le management gagne en agilité.

A priori plus simple qu’une entreprise avec une hiérarchie traditionnelle, l’entreprise libérée n’est pas forcément plus facile à mettre en place, et peut dérouter certains salariés qui doivent s’habituer à participer aux prises de décisions. Si les salariés sont censés être libres et responsables, dans les faits, tout le monde contrôle tout le monde. La pression sociale peut être forte concernant les congés, les horaires de travail… On peut aussi voir une volonté de réduction des coûts dans la mise en place d’un système qui nécessite moins d’encadrement. Les salariés vont développer de nouvelles compétences et innover sans forcément gagner plus.

A l’heure de la transformation digitale, les technologies en réseaux permettent un échange simplifié, s’affranchissant des contraintes de temps, de distance et de hiérarchie. Cependant, trop de communication nuit à la communication. On ne peut pas participer ni donner son avis sur chaque projet au risque de ne plus être totalement focalisé sur le sien ou d’être en surcharge et risquer le burn out. De même, plus l’entreprise grandit, plus les volumes d’informations échangés augmentent. Le choix de ce que l’on partage ou non doit se faire.

Comment passer d’une logique individuelle à une logique collective ? Comment partager de façon efficace les connaissances et les compétences ? Quels sont les moyens mis à la disposition des managers pour atteindre une performance collective ?

Tout le monde peut avoir une bonne idée marketing, y compris en dehors du service marketing. La collaboration est une question d'entraînement. Il faut encourager les collaborateurs à participer à des projets au-delà de leur ligne hiérarchique, de sorte que la collaboration entre métiers devienne naturelle. L’intelligence collective prend place grâce à la réflexion collective, où la décision finale sera prise par le manager afin de ne pas le déresponsabiliser. Le manager se pose alors en arbitre plutôt qu’en leader - son rôle se maintient mais évolue. Autre fonction du manager : jouer le rôle de coach pour ses équipes. Il doit les conduire à gagner en autonomie et à expérimenter. Au lieu de demander aux membres de son équipe de faire comme à leur habitude, il les encourage à exprimer leur potentiel, quitte à prendre des risques. Valoriser à l'avance les capacités supposées des salariés renforce leur motivation et donc leur engagement.

La dernière étape de la libération d’une entreprise, c’est l’auto-direction : les salariés fonctionnent de manière autonome et leur quotidien est géré par un manager qu’ils auront eux-mêmes choisi. Pour les managers, c’est un changement radical : ils se mettent au service de leurs subordonnés. Cela implique de renoncer aux signes extérieurs de pouvoir, matériels et immatériels, comme les prérogatives en matière de recrutement. L’intelligence collective ne s’oppose donc pas au leadership et nécessite des managers investis et gages de confiance. C’est en investissant sur ses équipes qu’un leader peut tirer le meilleur du potentiel créatif de chacun afin d’assurer une performance durable de l’entreprise.

Santa MULLER

 

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