« Plus tard, je serai… »

Que vouliez-vous faire quand vous étiez petits ? Cette question, on me l’a posée plusieurs fois. J’ai voulu être plein de choses : journaliste, auteure, criminologue, psychiatre, sociologue, et j’en oublie sans doute. Avant d’intégrer l’emlyon, j’avais un projet professionnel plus ou moins précis : travailler dans le mécénat culturel. Fascinée par l’art et ses rouages, je me voyais déjà chez Christie’s ou bien dans les fondations des plus grandes maisons de luxe. Aujourd’hui, me voilà bientôt diplômée d’une école de management avec trois stages à mon actif : tous en marketing.

Dans le cadre d’un projet à l’emlyon mené avec deux autres camarades, j’ai voulu creuser la question et m’interroger sur les écarts entre le projet professionnel à l’entrée et à la sortie de l’emlyon. À travers cette étude, à la fois quantitative et qualitative, nous sommes rendus compte que le projet professionnel était souvent modifié par les attentes du marché mais aussi par l’école. En effet, sur le campus, des évènements carrières sont souvent organisés. Mais ne sont représentés que les plus grandes banques ou les cabinets de conseil les plus prestigieux. Comme s’il n’y avait que trois voies possibles à la sortie d’une école de management : la finance, le conseil ou bien le marketing (de luxe de préférence).

Je me suis demandée pourquoi il y avait autant de normes et pourquoi les profils atypiques n’étaient pas mis en avant. La richesse d’une école de management n’est-elle pas avant tout sa diversité ? Monter son entreprise n’est-il pas aussi, voire plus valorisant que de rejoindre l’équipe de McKinsey & Company ou du BCG ? Parce que je trouve cela dommage et parce que les étudiants en management revêtent des talents divers et variés, j’ai décidé d’écrire cet article en vous présentant comment le projet professionnel peut se modifier en passant par une école de management, puis devant les attentes du marché du travail.

La diversité des profils en école de management

Comme dit précédemment, j’ai mené une étude sur la diversité des profils à l’emlyon avec deux camarades issus de promotions différentes. Entre nous, déjà, nous avions des différences qui ne se reflétaient pas vraiment dans le choix de nos cours ou même de nos stages. Tandis que l’un était intéressé par le conseil et se cherchait encore, l’autre était passionné de surf mais projetait de faire du conseil en finance à sa sortie de l’emlyon. Et moi, grande littéraire depuis ma tendre enfance, je cherchais (et cherche encore) tant bien que mal à faire le lien entre l’école de management et ma passion des lettres modernes. Nous avons voulu étendre cette étude à l’ensemble des étudiants de l’emlyon et surtout interroger l’évolution de leur projet professionnel au cours de leur scolarité à l’emlyon business school. Sur 745 personnes interrogées, 58% des étudiants avaient déjà un projet professionnel bien précis en intégrant l’emlyon. Voici leur projet à l’entrée en école de management :

Finance

23,64 %

Consulting

13,23 %

Entrepreneuriat

13,02 %

Marketing

13,02 %

Management

7,59 %

Arts et Culture

6,94 %

Sport

4,77 %

Ressources humaines

3,90 %

...

...

Domaine du projet professionnel

% des étudiants concernés

On constate donc que les projets professionnels sont, à cette étape, plutôt variés. Seuls 23% des étudiants souhaitent s’orienter dans la finance (nous nous attendions à un chiffre plus élevé) tandis que d’autres projets, plus atypiques, surprennent par leurs chiffres élevés. Parmi eux, notons les 7% qui voulaient travailler dans le domaine des arts et de la culture. Le chiffre sur l’entrepreneuriat, lui, surprend peu. En effet, l’emlyon revendiquant une politique de Early Makers, n’est-il pas logique que de nombreux étudiants (13%) veulent entreprendre à leur entrée en école de management ?

En revanche, ces chiffres révèlent quelque chose d’essentiel : les étudiants de l’emlyon sont tous différents, ont tous des goûts et des affinités diverses pour tel ou tel métier. Malgré tout, il convient de nuancer ces propos car 70% des étudiants sont déjà intéressés par les cinq grands secteurs des écoles de management, à savoir la finance, le consulting, l’entrepreneuriat, le marketing et le management.

À la sortie de l’emlyon, les projets professionnels devraient normalement s’affiner, voire se concrétiser. Au contraire, les chiffres démontrent que la plupart des étudiants ont dû laisser tomber une partie de leurs rêves pour se concentrer sur ceux que certains ont qualifié de « prestigieux », de « rémunérateur », de « gratifiant » ou encore de « plus réaliste » lors des entretiens qualitatifs que nous avons menés.

Domaine du projet professionnel

% des étudiants concernés

Évolution dans le classement

Variation par rapport à l’entrée

Finance

22,50 %

1 (=)

-1,14 %

Consulting

21,39 %

2 (=)

8,16 %

Marketing

12,78 %

3 (+1)

-0,24 %

Entrepreneuriat

7,22 %

4 (-1)

-5,79 %

Management

5,83 %

5 (=)

-1,76 %

Arts et Culture

3,33 %

6 (=)

-3,61 %

Communication

3,33 %

3 (+1)

2,03 %

Droit

3,33 %

3 (+1)

1,60 %

Industrie

3,33 %

3 (+1)

1,60 %

Ressources Humaines

3,33 %

10 (-2)

-0,57 %

Sport

3,33 %

11 (-4)

-1,44 %

Vente/achats

3,33 %

12 (-2)

1,38 %

...

...

...

...

À l’issue de l’emlyon, voici la répartition des projets professionnels par secteur et leur évolution :

Tout d’abord, nous pouvons constater que seuls 35% d’étudiants n’ont pas encore de projet professionnel précis. Ce chiffre faible est plutôt encourageant et signifie que l’école de management sert de fil conducteur dans la quête des aspirations professionnelles des étudiants. À travers les cours, les intervenants ou encore les entreprises qui viennent rendre visite aux étudiants sur les campus, les étudiants en école de management parviennent à affiner leur projet professionnel ou tout simplement à trouver leur voie. En revanche, on constate que les projets professionnels ont tendance à s’homogénéiser. La plupart des étudiants ont en effet choisi les voies les plus populaires à la sortie de l’emlyon, c’est-à-dire la finance, le consulting et le marketing, délaissant des projets plus atypiques tels que les arts et la culture ou encore les hautes fonctions publiques. Si beaucoup de ces pourcentages ont peu évolué en valeur absolue, certaines évolutions sont intéressantes. Ils sont 8% d’étudiants à avoir modifié leur projet professionnel pour rejoindre le domaine du consulting alors que près de 6% ont renoncé à l’entrepreneuriat, soit presque la moitié des étudiants qui avaient ce projet à leur entrée à l’emlyon. La question que nous nous sommes alors posés, c’est : pourquoi ?

  1. parce que la plupart des cours enseignés en école de management sont en finance, en consulting, et en marketing ;
  2. parce que les entreprises présentes sur le campus travaillent dans ces secteurs ;
  3. parce que le marché recrute de plus en plus dans ces domaines-là avec des rémunérations très attractives ;
  4. parce que les entrepreneurs et les profils atypiques sont trop souvent sous-représentés en école de management.

Nous affinons souvent nos projets professionnels au gré des stages que nous faisons, des cours que nous suivons mais également au gré des rencontres que nous faisons tout au long de notre scolarité. Ainsi, 40% des étudiants ont indiqué avoir choisi ce projet professionnel par intérêt, 26% par passion contre seulement 5% des étudiants qui déclarent s’être orientés vers telle ou telle voie pour des questions d’argent. Bien sûr, ces statistiques sont à relativiser car il existe un biais. En effet, dans notre société contemporaine, il peut être mal vu d’exprimer son ambition et encore plus son intérêt pour l’argent. Je pense également que la notion de réalisme est importante à prendre en considération. En effet, si l’on ne nous montre pas les débouchés de telle ou telle carrière, comment pouvons-nous nous orienter vers celle-ci ?

Objectif : une école de management, plusieurs carrières

Se remettre en question, n’est-ce pas le propre des organisations pour avancer et progresser ? Nous avons donc émis des recommandations pour mettre en avant les profils atypiques en école de management et ne pas les délaisser une fois diplômés. Parce que je suis convaincue que chacun peut réaliser et accomplir son projet professionnel rêvé, j’ai étudié précisément les différentes possibilités pour permettre à tout le monde de s’épanouir en école de management et sur le marché de travail. Tout d’abord, je pense que l’accompagnement en école de management aide déjà profondément les étudiants à se chercher. Grâce à la diversité des cours, aux évènements carrières organisés ou encore aux offres de stage proposées, nous pouvons essayer des métiers variés et conclure lesquels nous plaisent et lesquels nous écartons de notre projet professionnel.

Toutefois, inviter plus de conférenciers ayant des parcours plus variés favoriserait des choix diversifiés. Plus que des banquiers et des consultants, nous gagnerions à connaître les diplômés devenus chroniqueurs radio, journalistes, entrepreneurs, agriculteurs et que sais-je encore. Je pense également que la dimension entrepreneuriale, qui était pourtant auparavant le fil rouge de mon école, a été malheureusement perdue. Comment inviter des PME et TPE sur le campus pour recruter de futurs talents ? Comment tirer profit de la richesse entrepreneuriale lyonnaise ? Si l’innovation est au cœur de la compétitivité, remettons en avant les petites structures qui offrent souvent de belles perspectives d’évolution ainsi qu’un solide réseau professionnel.

Je pense aussi que les cours proposés dans les écoles de management devraient être plus variés. Nous voulons voir du développement durable au programme, de la philosophie, des sciences humaines ; nous voulons écouter des cours sur l’évènementiel, les métiers du sport, les hautes fonctions publiques mais aussi sur l’urbanisme et l’agriculture.

Nous voulons avoir la possibilité de choisir qui nous voulons devenir et quel(s) rêve(s) nous voulons accomplir. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une école de management qui nous accompagne jusqu’à ce que nous arrivions sur le marché du travail ? L’école de management offre déjà de nombreuses possibilités. Mais pour s’enrichir et s'assurer des étudiants fraîchement diplômés qui réussissent leur entrée sur le marché du travail, pourquoi ne pas renforcer la communauté inter-étudiants et prôner la diversité des profils professionnels ? D’ici deux ou trois ans, le campus de l’emlyon business school déménagera en plein centre de Lyon. Cette nouvelle situation géographique devrait propulser l’école au cœur de l’innovation et de l’entrepreneuriat lyonnais. C’est sans doute une opportunité pour l’école de management d’initier de nouveaux projets sans gommer les originalités de chacun.

Amandine PEYRE

 

 Projet à l'entrée de l'école

Domaine du projet professionnel

% des étudiants concernés

Finance

23,64 %

Consulting

13,23 %

Entrepreneuriat

13,02 %

Marketing

13,02 %

Management

7,59 %

Arts et Culture

6,94 %

Sport

4,77 %

Ressources humaines

3,90 %

Associatif/ONG

2,82 %

Vente/achats

1,95 %

Droit

1,74 %

Hautes Fonctions Publiques

1,74 %

Industrie

1,74 %

Communication

1,30 %

Développement Durable et Solidaire

1,30 %

Santé

0,87 %

Éducation/Formation

0,22 %

Urbanisme

0,22 %

 Projet à la sortie de l'école

Domaine du projet professionnel

% des étudiants concernés

Évolution dans le classement

Variation par rapport à l’entrée

Finance

22,50 %

1 (=)

-1,14 %

Consulting

21,39 %

2 (=)

8,16 %

Marketing

12,78 %

3 (+1)

-0,24 %

Entrepreneuriat

7,22 %

4 (-1)

-5,79 %

Management

5,83 %

5 (=)

-1,76 %

Arts et Culture

3,33 %

6 (=)

-3,61 %

Communication

3,33 %

3 (+1)

2,03 %

Droit

3,33 %

3 (+1)

1,60 %

Industrie

3,33 %

3 (+1)

1,60 %

Ressources Humaines

3,33 %

10 (-2)

-0,57 %

Sport

3,33 %

11 (-4)

-1,44 %

Vente/achats

3,33 %

12 (-2)

1,38 %

Associatif/ONG

1,94 %

13 (-4)

-0,88 %

Développement Durable et Solidaire

1,94 %

14 (+1)

0,64 %

Éducation/formation

0,83 %

15 (+2)

0,62 %

Santé

0,83 %

16 (=)

-0,03 %

Hautes Fonctions Publiques

0,56 %

17 (-5)

-1,18 %

Urbanisme

0,56 %

18 (=)

0,34 %

Agriculture

0,28 %

19 ()

0,28 %

 

 

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